Homélie du 18ᵉ dimanche du Temps Ordinaire

 

Jésus prend la route… Destination : Jérusalem. Chemin qui le conduit à la mort. Il l’a annoncé à plusieurs reprises. Mais il avance résolument. Et les foules semblent vouloir prendre le même chemin. Elles sont attirées par ses paroles, ses œuvres ; elles sentent que marcher avec lui c’est vivre avec Dieu. La marche, la route symbolisent si bien ce qu’est la vie. Mais les foules, sont-elles conscientes du danger qui les guette à le suivre ? Sont-elles conscientes du détachement radical qu’imposera plus ou moins vite le fait de le suivre ? Il n’est plus temps, en tous cas pour Jésus, de le leur cacher : « être mon disciple, c’est renoncer à soi-même et à ses proches pour me choisir ». 

 

La traduction liturgique a même édulcoré la formule grecque : il s’agit, dit Jésus, qu’on « haïsse » sa famille et jusqu’à sa propre vie. Parole ô combien insupportable dans notre société dont les sondages montrent que la famille est la valeur la plus importante. Il en est d’ailleurs ainsi pour toutes les sociétés à toutes époques. Combien même était-il encore beaucoup plus rare, du temps de Jésus, de s’éloigner de sa famille, de couper les liens avec elles ; pire encore, de ne pas constituer sa propre famille, de demeurer célibataire. Réalité quasiment encore inconcevable dans le judaïsme contemporain. Voilà donc bien une spécificité de l’enseignement de Jésus, tranchant avec celui de tous les rabbins de son temps. Qui est-il pour prétendre être préférable et aimable plus que notre propre famille, que notre propre vie ?

 

Nous remarquons aussi au passage l’allusion au type de mort que subira Jésus. L’Évangéliste veut nous rendre lucide sur le fait qu’être chrétien, fidèle, c’est subir la même destinée que le Christ. C’est prendre sa croix.

 

Jésus nous invite à approfondir la réflexion par deux paraboles. La première budgétaire, la deuxième guerrière. Que nous dit il ? Qu’il ne faut pas s’engager à la légère et faire les choses à moitié dans la vie chrétienne.

 

Devenir disciple du Christ, c’est un peu comme construire une maison. On ne commence pas sans s’assurer d’abord de pouvoir finir. Le Royaume de Dieu sera comparée à une ville, un ensemble de maisons achevées, où tout ensemble ne fait qu’un. Devenir disciple du Christ, c’est un peu partir à la guerre aussi. Un bon stratège sait que cela ne sert à rien d’engager le combat si l’on se sait inférieur. C’est dans ce sens qu’un Saint Ignace de Loyola par exemple appela sa fondation la « Compagnie de Jésus » en référence aux compagnie de soldats partant à la guerre. Ces deux paraboles se concluent par une application tout aussi radicale : le renoncement à tous les biens (v. 33). Calculer ses ressources et ses forces, c’est, dans le cas de la suite du Christ, chercher paradoxalement à se débarrasser de tous biens humains, pourtant légitimes. Ils ne servent à rien pour construire la maison de Dieu. Ils peuvent même être un obstacle. Ils nous encombrent dans la marche.

 

Nous le savons : toute existence suppose des choix. L’existence chrétienne suppose elle un choix radical.  Quand quelqu’un est ambitieux, au niveau de son travail par exemple, il prend sur lui pour réussir. Il est prêt parfois à de grands sacrifices pour un bien plus grand. Pensez à ces étudiants qui renoncent aux loisirs pendant leurs études pour favoriser leur réussite.

 

Et moi au moment de la rentrée, quel choix suis-je prêt à faire ? Jésus a-t-il du prix à mes yeux ? Suis-je prêt à tout les renoncements nécessaire pour vivre avec lui ? 

 

Déjà, si je suis attiré par lui, plus que par tout autre chose, alors c’est gagné. Je serai prêt à surmonter tous les obstacles. Si je suis attiré par le Christ, comme cette foule, c’est une bonne partie du chemin qui est faite. Cependant il s’agit ensuite d’orienter, d’éclairer et de fortifier cet attrait. Ce que Jésus est en train de faire avec nous aujourd’hui par sa Parole. 

 

Pourquoi le suivons-nous ? Pourquoi sommes-nous attirés par lui ? Est-ce pour y trouver ici-bas un avantage ? Ou est-ce pour lui seul, parce que c’est un honneur de servir Dieu, un bonheur de l’aimer. Quelque soit le chemin sur lequel il nous conduit.

 

Toutes les épreuves humaines que je traverserai, pourront devenir pour moi une occasion d’offrande, de communion avec lui. 

 

Soyons confiants : si nous désirons suivre le Christ, il nous donnera son Esprit Saint, sa force pour marcher sur ce chemin, vivre radicalement, le moment venu.

C’est la rentrée : prenons la route avec Lui.

 

Père Alexis de Brébisson